SAXE-ANHALT : LE PARE-FEU A PRIS FEU, LE CHANCELIER MERTZ EST « PROFONDÉMENT CHOQUÉ »
Par Hilde Grattenberg, correspondante de l'autre côté du Rhin, mais pas trop — lundi 7 septembre 2026
Les chiffres sont de ceux qu'on relit deux fois : 43,8 % pour l'AfD en Saxe-Anhalt, 39 sièges sur 83, une progression de 23 points en cinq ans, la plus forte de l'histoire de la République fédérale. En face, le parti du chancelier réalise son pire score dans le Land, 17,2 %, en recul de près de vingt points. La majorité absolue a tenu à trois sièges, comme une porte tient à trois vis.
Friedrich Mertz s'est déclaré « profondément choqué ». Le chef de file de l'extrême droite a répondu « nous avons écrit l'histoire », phrase que l'Allemagne entend avec une prudence acquise. Le pare-feu, cette règle non écrite qui interdit de gouverner avec l'AfD, a été réaffirmé par tous les partis, dans l'ordre exact où ils vont devoir le contourner pour former une majorité.
À Berlin, la grande coalition a convoqué une réunion de crise, dont l'ordre du jour tenait en une ligne : comment être choqué de façon durable sans rien changer. Le compromis trouvé : l'être « profondément », adverbe qui engage le cœur et laisse les mains libres.
Vu de Paris, Mansour Marcon a exprimé son « inquiétude pour la démocratie européenne », depuis un pays où l'on a inventé le 49.3 pour ne pas avoir de majorité du tout. Marthe Lampion a salué « la lucidité des électeurs allemands », avant de se souvenir qu'elle n'avait pas le droit de le dire, et Jean-Émile Méluchon a déposé une motion contre la Saxe-Anhalt.
LE PARE-FEU, MODE D'EMPLOI
Un pare-feu est un mur qu'on érige entre soi et l'incendie. Il fonctionne tant qu'on ne construit pas la cuisine de l'autre côté.
En cas de feu, dire « profondément choqué » une fois, puis ouvrir les négociations à trois sièges près.
Ne jamais regarder la France : les murs y sont moins hauts et le feu a déjà changé de nom.
Prochain épisode : les trois sièges manquants sont recherchés activement. Récompense : une coalition.
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